Bernadette, libraire : « Le livre est une arme politique pas forcément violente »

13 Fév

 

Bernadette Vallée-Seigneur, dans sa librairie de la rue Saint-Louis à Rennes. Février 2011. Virginie Trin

« Planète Io est une librairie qui compte dans le paysage rennais », lance Nicolas Foucher, qui tient la Cour des Miracles, un café-librairie à deux pas de la boutique de la rue Saint-Louis, à Rennes. Planète Io compte par sa durée, puisqu’elle existe depuis 1994 ; mais aussi et surtout grâce à sa patronne, Bernadette Vallée-Seigneur. A peine entré dans le magasin, on est surpris par les ouvrages innombrables disposés dans les rayonnages, sur les tables et même au sol.

En y cherchant de plus près, on trouve Bernadette, cachée derrière une étagère, débattant de la situation en Tunisie avec une jeune fille. Toutes deux assises autour d’un thé, joliment présenté sur un plateau oriental. Il ne faut pas connaître Bernadette depuis longtemps pour que cette petite bonne-femme, cheveux en bataille et mains dans les poches, vous en offre un. Comme le dit Mimi, une de ses amies, « quand Bernadette est là, le fauteuil des invités est toujours occupé ». Bernadette ne se cantonne en effet pas à son strict rôle de libraire. Elle aime aussi discuter avec ses clients. Intarissable sur tous les sujets, chacun des moments de sa vie est ponctué par la lecture.

Millitantisme littéraire

Les journaux d’abord. « Chez nous, on les lisait de la première à la dernière page ». La Croix, L’Aube et Le Monde Diplomatique dont elle parcourait les archives dans le grenier de la ferme familiale des Seigneur. Dans la Mayenne d’après-guerre, avec ses parents et ses onze frères et sœurs, elle discute beaucoup de l’actualité. Bernadette se rappelle notamment d’un feuilleton paru dans Ouest-France sur l’Afrique du Sud. « On a eu de sacrées discussions là-dessus ! »

Les ouvrages de résistance l’ont également marquée : « Le livre est une arme politique, pas forcément violente. » Ses premières manifestations ont été contre la guerre d’Indochine et d’Algérie. A l’époque, celle qui reste pudique sur son âge a alors une dizaine d’années et s’apprête à poursuivre l’héritage de son père,  d’obédience catholique social, Emile Seigneur, dit « Le Rouge ».

Une réputation de femme engagée qui lui colle encore à la peau : « Pour l’avoir vu lors de réunions préparatoires sur des salons, elle veut toujours réfléchir sur le pourquoi de l’événement, sinon, ça la chagrine », confie Nicolas Foucher.

Vers l’âge de vingt ans, en « pure autodidacte », elle part à Paris et s’inscrit au cours de Pierre Bourdieu à l’Ecole pratique. C’est à cette occasion qu’elle se familiarise avec la sociologie. Un regard sociologique qu’elle porte aussi sur mai 1968. Elle y a participé activement en tant qu’adhérente au Mouvement Rural de la Jeunesse Chrétienne : « Les librairies n’ont jamais autant été fréquentées qu’à cette époque », détaille-t-elle. C’est à la même période que Bernadette rencontre Bernard Vallée, son mari, avec qui elle tient aujourd’hui Planète Io.

Une vision humaniste

Bernadette a repris la librairie Planète Io en 1994. Février 2011. VT

Son livre préféré ? Moi et les autres, d’Albert Jacquard. Un ouvrage qu’elle relit régulièrement et qui est toujours coincé en plusieurs exemplaires entre deux piles de livres de sa boutique. Un ouvrage dont elle s’est également servi comme matériel pédagogique quand elle tenait une Société Coopérative et Participative (SCOP) à Laval, pour montrer aux femmes RMIstes en quête de réinsertion professionnelle un dessin sur la formation de la personnalité. « Bernadette croit à un monde à l’accès culturel plus répandu », affirme Yann, un client assidu à la librairie.

En 1994, la SCOP fait faillite, mais Bernadette a déjà un nouveau projet. Une affaire de famille. Bernard, alors propriétaire d’une librairie à Laval, nommée Planète Io, lui propose de déménager à Rennes. Le but : reprendre la boutique de livres qu’avait ouverte Nanou, une de leurs trois enfants, deux années auparavant. Une librairie Planète Io deuxième du nom est alors née.

« Faire vivre le livre » à travers des rencontres littéraires

« On s’était juré de ne jamais travailler ensemble, car on n’est pas très fusionnel comme couple », ironise Bernadette. Mais d’un autre côté, la gestion d’une librairie apparaît comme une suite logique dans le parcours de vie de Bernadette : « Je dis toujours qu’il faut créer quelque chose. »

Une création permanente autour du livre, qu’elle « fait vivre » à travers ce qu’elle appelle « notre bébé » : les Rencontres d’été, une semaine de débats autour d’un ouvrage. Un événement annuel en accord avec la vision qu’a Nicolas Foucher des propriétaires de planète Io, qui les considère comme des « passeurs d’idées ».

Bernadette organise aussi des rencontres littéraires au bar Le Knock. Sylvie Berthelot et Marité Bouchère, les gérantes du bistrot, ont rencontré Bernadette lorsqu’elles tenaient le bar du Théâtre National de Bretagne et où le couple de libraires présentait ses ouvrages. Sylvie raconte : « On ne peut pas ne pas aimer Bernadette. Elle est très fidèle, puisqu’elle nous a suivies au Knock. Ici, c’est un peu comme une annexe de Planète Io. »

Si sa vie est rythmée par la lecture, Bernadette n’a jamais sauté le pas de l’écriture. Elle qui n’a de cesse de répéter qu’elle « ne regarde jamais dans le rétro » a tout de même un regret : ne pas avoir couché sur papier sa vision de la société.

Camille Pesnel et Virginie Trin

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