Mardi Noir, street artist de la rue à la galerie

18 Fév

Exposition à la galerie DMA à Rennes, février 2011.

Mardi Noir : un pseudonyme énigmatique à l’image de celui qui le porte. Il n’est connu du public que sous cette appellation, d’abord dans la rue puis à présent dans les galeries. Il fait parti du mouvement du street art bien que lui se définisse de manière plus subtile.

« Je ne parle pas de street art pour définir ce que je fais, ce n’est pas un terme que j’affectionne. Je préfère que l’on me traite de peintre » dit-il en guise d’introduction. Va pour peintre alors. Bien que le terme adéquat pour le définir est plutôt celui de colleur d’affiches. « Quand je suis arrivé sur Rennes en 2000, pour faire des études en arts plastiques, il y avait beaucoup de tags mais très peu d’affichages. Je souhaitais être original dans le mouvement. »

Débordements adolescents

Mardi Noir s’est mis à peindre sur les murs dès son plus jeune âge, certains pourront y voir une vocation : « J’ai toujours été fasciné par le fait d’écrire sur les murs. Mes parents étaient plutôt du genre laxistes, ils me laissaient écrire sur les murs de ma chambre. Alors à l’adolescence, j’ai commencé à déborder. » Une mère secrétaire et surtout un père architecte-« cela à certainement influencé ma vision de l’urbanisme et mon rapport à la ville même si l’on ne partage pas les mêmes idées sur le sujet. »

Il commence par taguer de façon illégale des trains de marchandises « qui partent dans toute la France » et les différents supports qu’offre Lamballe, dans les Côtes d’Armor, sa ville natale.

Puis il monte à la capitale bretonne. Il continue à occuper le territoire où il vit en laissant sa marque sur les murs. Il délaisse peu à peu les bombes de peinture pour des collages au style graphique pixelisé. D’un côté cela lui permet d’éviter les ennuis judiciaires. Bien que l’affichage sauvage soit théoriquement interdit, les policiers sont généralement beaucoup plus tolérants que vis-à-vis du tag : « Je me suis fait arrêter une fois, ils m’ont seulement demandé d’enlever l’affiche » confie t-il.

Une démarche anti-pub

Et d’un autre de se démarquer du reste des street artists : « je travaille sur la reproduction des images jusqu’à leur appauvrissement, jusqu’à les vider de leur sens premier. » Une sorte de miroir tendu à la publicité qui étale logos et slogan jusqu’à saturation.

Rennes, 2007.

Comme le montrent ces photos, Mardi Noir « essaie de dialoguer avec les lieux » de ses interventions pour établir une relation entre ses affiches et l’espace. Cette vidéo, réalisée début février 2011 dans un quartier de Rennes, illustre aussi ce « dialogue avec l’environnement urbain » :

Bon joueur, il déclare à la suite de cette piètre performance, qui n’est pas dans ses habitudes : « J’assume l’entière responsabilité de cette défaite et ne me retire définitivement pas de l’espace public. Cette intervention marque le début d’une série intitulée do not close. »

L’espace publique n’est pas le seul lieu où l’on peut voir ses affiches s’étaler. Le « colleur » tente de livrer ses productions au marché de l’art en s’emparant des murs des galeries. Après la GHP de Toulouse, les œuvres de Mardi Noir se trouvent à présent dans la galerie rennaise DMA, dans une exposition collective intitulée « glissements de terrains ».

Il décline également son travail sous forme de produits dérivés :

– Rouleaux de papier peint pour 115 euros le lai, ou encore

– Catalogues aux noms curieux, comme par exemple : « le mobilier populaire du 19ème siècle » pour 35 euros.

-On peut aussi lui passer commande pour des affiches.

Les prix peuvent aller jusqu’à 416 euros mais les ventes restent rares. On est loin de la cote du désormais célèbre Banksy dont les expositions sont mondialement célèbres :

« Je ne vis pas de ma pratique, mais je vis ma pratique »

Au RSA, « comme beaucoup d’artistes », Mardi Noir arrive tant bien que mal à vivre de sa pratique. Ou plutôt, pour reprendre l’une de ses formules aux accents de slogan publicitaire : « je ne vis pas de ma pratique mais je vis ma pratique. » Il arrive à joindre les deux bouts en multipliant les activités : « Je vends des toiles, je réponds à des commandes et j’expose dans des galeries ou des associations. Je n’ai pas le privilège de pouvoir refuser. »

Rennes, Petrolibo, 2008.

Le soir du vernissage, la salle est comble. « Beaucoup de gens sont venus car ils avaient déjà vu ses collages dans la rue et ils étaient intrigués de voir ça dans une galerie » commente la responsable de la DMA, Tamara Poignant.

Une jeune fille, pochoiriste à ses heures perdues, déambule parmi les convives. Elle ne comprend pas bien le but de l’exposition : « cela n’a pas de sens de faire du street art dans une galerie, pour moi ça doit rester dans la rue. » Un avis que partagent beaucoup de personnes, notamment un galeriste de Rennes souhaitant rester anonyme : « je ne vois pas ce que cela apporte de plus. Dans la rue c’est intéressant parce qu’il y a un jeu avec l’espace mais là, c’est assez plat. »

Le débat est vaste est sans réelle issue pour le moment. Mardi Noir, lui, ne se pose pas vraiment la question. Pour lui, il n’y a guère de différence entre les murs de l’extérieur et les murs du dedans. « J’ai 30 ans et je n’ai aucun scrupule à faire de la galerie.  Je n’interviens pas dans la rue par défaut. La galerie, c’est une autre valorisation de mon travail. Et de ma personne.»

Cyril Durand

Pour encore plus de Mardi Noir :

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