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François Floret trace sa route entre Rennes et Saint-Malo

11 Fév
François Floret en 2008

Rendez-vous au local de Rock Tympans, à l’heure du café. « Tiens, une tasse de fille ! ». François Floret, le créateur et directeur de la Route du Rock, est d’humeur joyeuse. La discussion commence, le dernier disque de PJ Harvey nous accompagne, « une putain de chanteuse ». A 42 ans François Floret est un fan, au sens le plus noble du terme. Résultat il a créé « le plus petit des grands festivals ».

Né à Rennes, il fait ses études ici. « Une maîtrise AES, et un DESS Aménagement du territoire ». Pas très rock’n’roll, peu importe. « Cela m’a permis de bosser dans les collectivités locales. En tant que secrétaire adjoint à la mairie de Chantepie, puis en remplacement à la mairie du Rheu ».

Après deux échecs au concours de la fonction publique, « je picolais avec mes potes la veille des concours, ça montre ma motivation » et peu d’espoirs de titularisation, François Floret prend une décision sur un coup de tête, « un jeudi à 1 heure du matin au fond de mon lit ». Terminé les bureaux des collectivités locales, la musique va devenir son métier.

Bénévole depuis le début, il reprend les rênes de Rock Tympans (l’association qui gère la Route du Rock). Nous sommes en 1998, le festival vit une période sombre, la Route est « en mort clinique ». « Nous sommes interdits bancaires, les bureaux sont installés chez moi ». L’opération sauvetage débute. L’édition 98 marque un tournant. La programmation, « l’une des meilleures encore aujourd’hui », peut se targuer de quelques illustres invités : Portishead, Yann Tiersen, PJ Harvey, Rachid Taha… Et le public qui répond présent, 22 000 personnes se pressent dans les champs autour du fort.

« Les mecs à l’antenne étaient déchirés en permanence »

Fin des années 70, François Floret n’est encore qu’un gamin lorsqu’il entend Joy Division et la voix de baryton de Ian Curtis. Cet amour de la new wave, il le déclamera plus tard à la radio. A Fréquence Numéro 1 d’abord, « une radio pourrie », puis à Canal B où il est recruté par Franck Roland qui tente de remettre sur pied la radio villageoise (B pour Bruz, un village tranquille des environs de Rennes).

A l’époque, il écoute religieusement Radio Savane, le précédent projet de Roland : « c’était bien punk, les mecs à l’antenne étaient déchirés en permanence ». Edmond Hervé, le maire socialiste de l’époque, met des bâtons dans les roues de Radio Savane. 1989, la radio libre la plus déjantée de Bretagne n’existe plus.

Avec Franck Roland et ses animateurs, Canal B devient une radio rock. François Floret y anime Sale temps pour les hits avec Stéphane Ridard (l’actuel Président de Rock Tympans), « tous les samedis, de 18 à 20 heures ». Parallèlement l’association continue d’organiser des concerts en ville. En 1991, les deux acolytes rencontrent Ludovic Renoult, un Malouin, qui veut tenter le rapprochement Rennes-Saint Malo. La Route du Rock est née.

1993 marque un tournant dans l’histoire du festival. Les organisateurs sont contactés par Bernard Lenoir « notre Dieu vivant », l’animateur radio vedette de France Inter veut s’impliquer dans un nouveau festival. « Il nous a dit qu’il ne se reconnaissait plus vraiment dans les Eurockéennes. Il voulait nous parrainer mais ce qu’il cherchait c’était un festival d’été ». La Route change de date, ce sera août.

Le fort Saint Père, après pas mal de heurts avec les autorités politiques de l’époque, servira d’écrin : « ça a été dur de convaincre la mairie de Saint Malo, ils nous ont pas mal baladé. Pour eux les rockeurs étaient tous des drogués en cuir sur leurs motos ». Coup de chance, l’adjoint au maire est un grand fan de Lenoir. La mairie cède. Aujourd’hui « les rapports sont très bons » assure-t-on à la Direction de la culture de la cité corsaire.

Rock indé et Stade rennais

Pendant l’interview, François Floret se lève à plusieurs reprises, va regarder les titres des chansons qui défilent sur son ordinateur. Dans les bureaux de l’association, où les disques prennent évidemment beaucoup de place, l’ambiance entre collègues est décontractée. On parle musique, voyages, soirées mais chacun est conscient de ce qui se joue là. Leur réputation de défricheurs de talents, de connaisseurs leur demande un travail de rabattage énorme.

 

  Les New-Yorkais Interpol, en 2001, avant même la sortie de
        leur premier album Turn On the Bright Lights.

 

Quand on demande à François Floret :

  • Son avis sur la scène rennaise, il fait la moue : « bof, ça nous parle pas vraiment. On est souvent taxés de racisme anti-Français. C’est vrai que les Américains ou les Nordiques nous donnent plus d’émotion »
  • S’il a d’autres passions dans la vie, il semble presque étonné de la question : « ouais bien sûr. Je m’intéresse à toutes les formes d’art, peinture, théâtre, c’est mon côté snob. Mais il faut que ce soit un peu trash. Je suis aussi un fan du Stade rennais, ça c’est mon côté beauf ». Preuve à l’appui, il soulève son mug orné d’un écusson des Rouge et noir.
  • Quel groupe il rêve de programmer à Saint Malo, il reprend  : « dans l’absolu ? Arcade Fire bien sûr, actuellement c’est le groupe le plus riche. Mais ils sont passés du côté obscur de la force ». Le petit festival n’a pas les moyens de débourser 300 000 euros (son budget total) pour faire venir les Canadiens.

Comment, alors, ont-ils réussi l’exploit de s’offrir en 2007 les Smashing Pumpkins, la formation de Billy Corgan étant réputée pour demander des cachets particulièrement exorbitants ? « Un pur hasard. On était à Tel-Aviv avec un projet de gros festival (le projet avortera finalement), on a contacté les Pumpkins mais ils étaient pris. Par contre le manager connaissait la Route du Rock, on a fait une offre, 120 000 euros pas plus, et c’est passé ! »

Mais les Américains, idoles des années 90, sont venus en touristes sur les côtes bretonnes. « Ils avaient quelques jours off avant un festival aux Pays-Bas, on a joué les bouche-trous ». Résultat : un concert décévant, « sans doute le pire de la Route du Rock ». Pas de quoi plomber l’ambiance, François Floret aime prendre des risques.

Le problème c’est que le festival voit souvent rouge niveau finances. Dépendante des subventions publiques, la Route du Rock, subit les effets des coupes franches dans les budgets alloués à la culture. Et son statut à part dans le paysage des festivals français ne lui attire pas que des amis, « Rock en Seine on est pas ami-ami avec eux, ils nous ont piqué PJ Harvey et Morcheeba en 2003 (première édition du festival parisien, ndlr), c’est un peu dur à avaler. On va dire qu’il y a coexistence pacifique. »

Le festival historique rennais les Transmusicales donne aussi la couleur « on entretient des relations de voisinage, on se connaît. Mais non, on ne travaille pas ensemble ». François Floret parle plus volontiers des Vieilles Charrues, l’autre gros festival breton d’été, « il y a pas mal de bénévoles des Charrues, qui sont passés chez nous ».

Le boss de la Route du Rock aime cultiver cette image indé, loin de la culture mainstream, à l’image de son festival. Une chose à ajouter ? « On a le record national de prise de bières, devant les Charrues. C’est pas négligeable, mais en fait je ne suis pas sûr de devoir m’en vanter ».

Elodie Dardenne

Pour en savoir plus l’histoire de la Route du Rock :

http://www.ina.fr/video/3981042001032/saint-malo-la-route-du-rock.fr.html