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Culture pour les étudiants : une offre méconnue

11 Fév

A Rennes vivent 60 000 étudiants. Une population à faibles revenus. Pour éviter que cette situation financière fragile les prive d’activités culturelles, certains dispositifs municipaux et universitaires existent. Mais souffrent parfois d’un manque de coordination et de visibilité.

En janvier 2010, le Passeport Loisirs Culture a été remplacé par la carte Sortir, gérée par la Mairie et Rennes Métropole, en partenariat avec l’APRAS. Ce nouveau dispositif, à destination des habitants de Rennes et Saint-Jacques, permet aux revenus modestes (jusqu’à 3 150 euros pour les familles de cinq enfants) et aux bénéficiaires de minimas sociaux d’avoir accès à une large offre culturelle et sportive, à des tarifs préférentiels. 380 structures sont partenaires.

« La Ville a choisi d’adopter la carte Sortir pour étendre le nombre de bénéficiaires » explique Sébastien Séméril, adjoint aux Sports et président de la commission Culture et Sport . « 3000 personnes utilisaient le Passeport chaque année, tandis que la carte Sortir a déjà conquis 16 000 personnes en onze mois » confirme Ana Sohier, conseillère municipale (UDB) en charge du patrimoine culturel et immatériel. Parmi elles, des familles ou personnes seules aux revenus modestes.

 Les étudiants, privés de la carte Sortir
 
 Néanmoins, au rang des grands absents du dispositif : les étudiants. Sur le site internet de la mairie, quelques-uns d’entre eux font part de leur incompréhension. Ainsi, Cadiou écrit : « Un étudiant boursier ayant l’échelon maximum (460euros/mois) vit avec des ressources plus faibles qu’une personne bénéficiaire du RSA… Pourquoi les étudiants boursiers ont-ils la gratuité des transports et pas le droit à la carte Sortir ? […] Cette carte est une très bonne initiative mais elle n’est pas équitable ! ».
La carte Sortir en vigueur depuis un an, rencontre un franc succès, les étudiants regrettent de ne pouvoir y avoir accès. Crédit Ville de Rennes.

 

 

 

 

  Ce point de vue est partagé par la section rennaise de l’UNEF, syndicat étudiant. Thomas Couvert, l’un de ses représentants reconnaît que « la Ville a fait beaucoup d’efforts pour nous ouvrir les portes des activités extra-universitaires, mais le fonctionnement de la carte Sortir est incohérent ». Il plaide pour son attribution pour tous les étudiants pouvant justifier de leur statut. « Seuls certains étudiants boursiers peuvent pour le moment y avoir accès, mais il leur faut d’abord monter un dossier avec une assistante sociale ».

 La Ville compte sur la distribution des Sacs à Trucs

« Une démarche assez stigmatisante » déclare ce jeune syndicaliste. D’autant plus que la municipalité souhaitait grâce à cette nouvelle initiative, rompre avec les barrières symboliques. «Une fois la carte retirée auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), qui instruit les dossiers, il suffit désormais de la montrer au guichet des structures partenaires, alors que le Passeport nécessitait de présenter à chaque fois des justificatifs de revenus et l’autorisation du CCAS  » défend Sébastien Séméril.    

Permettre aux étudiants de découvrir le TNB, c’est l’objectif visé par les places proposées grâce aux Bons Spectacles. Crédit photo Laurent A.

Alors, pourquoi ne pas ouvert cette carte au public étudiant ? Alain Coquart, conseiller municipal, relaye sur ce point la position de Rennes Métropole ; il explique que l’argument est surtout financier. « Le coût serait trop élevé si tous les étudiants y avaient le droit ». De plus, il rappelle que la municipalité « offre aux jeunes de moins de 25 ans des « sacs à trucs », truffés de réductions, délivrés par le CRIJ ou lors de Tam-Tam ». Cinq mille ont été distribués depuis septembre.

 Autre raison avancée par l’Agglo : la politique culturelle à destination des étudiants relève du CROUS (Centre régional des Oeuvres Universitaires et Sociales). L’antenne de Rennes, via sa mission d’animation culturelle des campus, tente en effet de pallier l’absence d’actions propres aux étudiants. Ainsi, située face au TNB, cette antenne propose des tarifs réduits pour l’UBU, le TNB, l’Opéra ou encore l’Orchestre de Bretagne,avec des places à partir de huit euros. Toutefois, « l’ antenne souffre d’un manque d’information flagrant, peut-être dû au fait qu’elle soit délocalisée » indique Sonia Jabet, coordinatrice au Diapason, pôle culturel de Rennes 1 qui organise et accueille régulièrement des soirées musicales « bon marché ».   

Sonia Jabet, ici dans la grande salle du Diapason, est responsable de la coordination et des manifestations étudiantes.

Manque de coordination entre les antennes de Rennes 1 

C’est elle qui gère également, au titre de cette fonction, les Bons Spectacles, proposés par Rennes 1. Grâce à ces précieux césames, les étudiants peuvent assister gratuitement à des représentations de l’Orchestre de Bretagne ou de l’Opéra. Ce dernier semble d’ailleurs particulièrement prisé.« Ce sont ces places qui partent souvent en premier » .

 Cependant, autre bémol, selon Sonia Jabet : le manque de coordination entre les différentes antennes de Rennes 1. « L’information passe mal entre les structures de l’Université, et le nombre d’étudiants connaissant, par exemple, ces Bons-Spectacles ou l’existence du Diapason, est trop faible ». Ainsi, l’IEP de Rennes organise ses propres sorties à l’Opéra alors que ses étudiants pourraient s’y rendre gratuitement.

A ce manque de visibilité s’ajoute un argument plus « culturel » : les soirées sans alcool du Diapason rebutent parfois les jeunes, malgré une offre alléchante. « Cinq euros le semestre de cinéma, une projection tous les mardis, dans la grande salle de 500 places ».

Les années passées, les « Bons spectacles » étaient exclusivement réservés aux étudiants étrangers et inscrits en premier année. Depuis cette année, les 2ème et 3ème année peuvent aussi y prendre part. Crédit photo Laurent A.

Pour remédier à ces défauts de communication, accentués par le caractère éparse des différents établissements rattachés à Rennes 1 (fac de droit, fac d’éco, IEP, fac de Sciences…), l’Université a inauguré cette année les SAV, Services d’Aide à la Vie Etudiante. Ouverts tous les midis sur chaque campus depuis cette année, ces points infos ont pour mission de relayer les diverses manifestations orchestrées par les équipes de Rennes 1. Mais ils n’auront cependant pas vocation à améliorer la coordination entre la politique municipale et les celle menée par les services universitaires.

Au CRIJ, une conseillère regrette d’ailleurs « l’absence, dans une ville universitaire de si grande ampleur, d’une vraie politique culturelle spécifique aux étudiants de Rennes Métropole ». Cette dernière serait, selon elle, plus intelligible que des  initiatives éclatées.

                                                                                                                     Lénaëlle Simon

 

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