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Rennes : « enfant pauvre » du jazz ?

13 Fév

Jazz à l’Etage renouvèle l’expérience du 14 au 18 mars 2011, à Rennes.  Créé en 2010 par l’association Jazz35 à l’initiative de Yann Martin, directeur du label Plus Loin, ce festival propose une scène qui manquait à la ville. Tout en laissant la place aux musiciens français, il reçoit la nouvelle génération de jazzmen qu’incarne le contrebassiste israélien Avishaï Cohen, parrain du festival.

Recevoir des pointures de renommée internationale, c’est aussi ce qu’ont  tenté en 2009 Karim Khan-Renault, propriétaire du château d’Apigné situé dans la commune du Rheu et l’association Jazz à Rennes en créant Jazz Rennes Festival . Diana Krall, Keith Jarret, Sonny Rollins, Marcus Miller, Herbie Hancock… pour la modique somme de 900 000 € ! Au départ soutenus par l’ensemble des collectivités  (Conseil régional et général, Rennes Métropole, Ville de Rennes et du Rheu et certains mécènes), ils voient leur tentative avorter. A la mi-juin, les partenaires déclarent leur abandon suite à la crise économique.

Rennes du rock

Alors qu’une étude des publics du jazz en Bourgogne – qui s’appuie sur l’enquête sur les pratiques culturelles des français menée en 1997 – indique une démocratisation du jazz jusque là perçu comme élitiste, Rennes reste surtout connue pour sa scène rock et électro.

Si Yann Martin a choisi de quitter Paris pour revenir à Rennes et y installer son label en 2007, c’est d’abord parce qu’il est rennais, mais surtout afin de proposer une offre jusque là absente ou insuffisante : « Rennes est une ville très ouverte culturellement, mais qui, à mes yeux, a besoin de jazz, de plus de jazz, en tout cas. C’est un peu l’enfant pauvre du genre. »

Initiatives ponctuelles

Pourtant certains festivals existaient déjà avant :

  • Jazz à l’Ouest, créé par la MJC de Bréquigny, a fêté ses 20 ans en 2010. Mais leur programmation n’est pas uniquement centrée sur le jazz, elle s’oriente vers la fusion, et subit quelque peu la restriction budgétaire  nationale affectée à la culture.
  • La Ferme de la Harpe, par le biais de son club de jazz, organise aussi depuis 2000  un festival qui a lieu en mai.  « Il s’agit surtout de donner une scène aux amateurs et élèves de nos formations, même si nous invitons aussi quelques musiciens professionnels », explique Maxime Rohan, responsable du club de jazz et directeur de l’animation au sein de l’association.
  • En 2007, une partie des habitants de la commune d’Hédé (à une vingtaine de kilomètres de Rennes), dont le saxophoniste Guillaume Saint-Jammes et sa femme Catherine, créent le festival Jazz aux écluses.  Leur projet : « Un festival populaire et familial en plein air et une programmation d’artistes locaux. De cette manière, notre offre est complémentaire de celle déjà présente à Rennes.» Mais Rennes Métropole n’y joue aucun rôle, si ce n’est le prêt de matériel de la première édition.

Le festival Jazz à Rennes a fêté ses vingt ans l'année dernière.

Peu d’offre professionnelle pérenne

Malgré ces trois initiatives ponctuelles, le grand absent  reste un lieu entièrement dédié au jazz. Il existe  bien le club de la Harpe, mais il propose surtout des jam sessions. Pas d’offre professionnelle pérenne dans la capitale bretonne. Même si la mairie reconnaît ce « manque », aucune volonté de créer un espace uniquement consacré au jazz dans l’équipe municipale . « On meurt du cloisonnement de la culture ! », plaide Sebastien Semeril, adjoint au maire. Or, le risque est l’exode de la nouvelle génération de musiciens rennais (formés en partie par la classe jazz du Conservatoire) à Paris.

Toutefois, quelques salles rennaises programment occasionnellement des concerts de jazz. Comme le Théâtre National de Bretagne, à raison de deux par an. Dans les années 1980, en bas de la place des Lices, trônait la Marylis, un club de jazz.  C’est devenu simplement un bar cosy. L’extinction progressive des cafés-concerts n’arrange rien. Quelques-uns survivent, comme Lulu Berlu, qui accueille régulièrement concerts de jazz et jam sessions hebdomadaires par l’association Planète Jazz,  ou le bar anarchiste Ramon y Pedro, avec les bœufs de jazz manouche. Mais les gros concerts restent rares à Rennes.

Pour expliquer ce manque, les associations fustigent à l’unisson la municipalité : « Comme aucun élu n’a eu de sensibilité particulière pour le jazz, rien n’a été fait ». Patrice Paichereau, chargé de diffusion de Zebigband – un collectif de musiciens – regrette de ne pas avoir plus de visibilité : « Depuis l’an dernier le saxophoniste américain Ricky Ford vient une fois par mois parce que nous travaillons sur un projet commun. C’est une chance énorme et ça passe pourtant inaperçu. »

Quant à la mairie, elle considère que les initiatives doivent venir des associations . « Le rôle d’une collectivité locale est d’accompagner des projets, de soutenir des initiatives et non de les créer », rappelle Sébastien Semeril.

Trop d’assos ?

Pourtant beaucoup d’associations militent pour le jazz. En plus d’être peut-être trop nombreuses, elles sont surtout éparpillées. Selon l’adjoint au maire, ce foisonnement résulte des années Lang, pendant lesquelles les subventions à la culture ont afflué.

En plus d’être éparses, ces associations ont des visées et des visions différentes :

  • Les unes axent leur mission sur la pédagogie et la formation. C’est le cas de la MJC Bréquigny ou de la Harpe qui proposent des cours de jazz ou de Planète Jazz  initiatrice de conférences aux Champs-Libres. Subventionnées, elles jouent un rôle de médiateur socio-culturel. Les jam sessions hebdomadaires qu’elles proposent constituent pour ces amateurs un lieu de rencontre, et une occasion de pratiquer.
  • Les autres, dont les missions sont plus ponctuelles (festivals), se chargent de la programmation de musiciens professionnels locaux, nationaux ou internationaux. Certes ponctuels, ces événements sont très coûteux, ce qui, ajouté à la volonté de développer quelque chose sur la durée et la fréquence, nécessite d’autres financements. En plus des fonds publics, elles ont recours au mécénat.

Ces différences entraînent une méfiance réciproque. La réduction du budget national attribué à la culture y participe. Concrètement, il y a moins d’argent et plus d’associations.  Pour certains, l’existence de la  MJC de Bréquigny servirait de prétexte à  la mairie de Rennes pour ne pas aider au développement d’un autre lieu consacré au jazz. Même si la DRAC affirme que la MJC se consacre de moins en moins au jazz au profit des musiques actuelles.

Pour les autres, l’arrivée de Yann Martin est perçue d’un mauvais œil. On considère qu’il y a conflit d’intérêts puisque Jazz à l’Etage est subventionné alors que la première édition promouvait essentiellement des artistes du label Plus Loin.

Malgré les divergences, toutes les associations reconnaissent la nécessité et l’envie de se fédérer. Depuis quelques semaines l’envie se concrétise et les réunions ont  débuté  . Elles espèrent ainsi unir leurs forces, échanger,  développer des projets communs et, qui sait, faire swinguer Rennes plus que jamais…

Fanny Fontan