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Culture bretonne : une politique identitaire en demi-teinte

11 Fév

En 2008, durant la campagne des municipales, Daniel Delaveau, l’actuel maire (PS) de Rennes promettait d’agir en faveur de la culture bretonne. Mais il ne partait pas de rien. Martial Gabillard, l’ancien adjoint à la culture d’Edmond Hervé, avait impulsé dès les années 80’s, une politique volontariste, avec la création :

– de la première école Diwan (1978),

– du comité consultatif à l’identité bretonne dans une logique de négociation avec les mouvements militants bretons (1996)

– du festival Yaouank (1999),

 d’un centre de loisirs bilingue (2006),

– d’une signalétique bretonne sur les axes principaux…

Comment Daniel Delaveau a t-il poursuivi cette action ? Après trois ans de mandat, tour d’horizon de ses promesses. 

 

1) « Soutenir les associations bretonnes qui diffusent la culture traditionnelle »

Pour promouvoir la culture bretonne, la Ville compte sur l’organsiation de festivités populaires (Yaouank, Fest’Yves…). Elle en délègue le fonctionnement aux associations œuvrant en faveur de la culture et de la musique bretonnes (cercles celtiques, clubs de danse, Skeudenn Bro Roazhon).  

 

Ana Sohier, conseillère municipale (UDB) en charge du patrimoine culturel et immatériel.

 

 

Mais Ana Sohier, conseillère municipale UDB (Union Démocratique Bretonne) en charge du patrimoine culturel et immatériel au sein de la majorité, explique ce choix par une volonté de  « reconnaitre la place des habitants et des militants  ». Selon elle, c’est en s’engageant eux-mêmes dans la programmation et l’organisation des manifestations que leurs acteurs suscitent l’intérêt du public. 

 

 

 

 

« Pas de festival artistique d’envergure européenne »

Ainsi, le festival Yaouank, le plus grand fest-noz de Bretagne, a vu le jour en 1999, à l’initiative de la Ville, afin « d’amener les jeunes à s’intéresser à la culture bretonne », souligne Martial Gabillard, l’ancien adjoint à la culture durant le mandat d’Edmond Hervé. Mais désormais, c’est l’association Skeudenn Bro Roazhon qui le gère, soutenue financièrement par la municipalité. En 2009 et 2010, l’association a perçu une subvention de 66 000 €, auxquels s’ajoutent 32 500 € au titre du festival, 5000 € de plus qu’en 2009. Un soutien conséquent qu’Alain Coquart, conseiller municipal pour le Parti Communiste, défend également. Même si « parfois, la part du festival consacré à la musique bretonne est discutable », tempère t-il.

Le groupe d’opposition Alliance Citoyenne  regrette « qu’il n’existe pas un festival artistique d’envergure européenne, en relation avec la culture celtique et bretonne » ; et suggère également la mise en place d’une semaine de l’histoire bretonne à Rennes : « En installant une statue de Anne de Bretagne » s’enthousiasme Frank Darcel, collaborateur du groupe.

2) « Conforter la présence symbolique de la langue bretonne »

L’un des piliers de la culture bretonne reste la langue. Pour la faire vivre dans les institutions publiques, Daniel Delaveau avait annoncé la mise en place d’une formation sur la base du volontariat pour les fonctionnaires municipaux. Une première pour la Ville. « La date de la formation n’est pas encore fixée, mais elle débutera prochainement » assure Ana Sohier, qui a récemment fait le buzz après s’être vu renvoyer par le Pôle emploi un chèque libellé en breton. Elle devrait concerner une vingtaine de personnes. Cette offre est calquée sur celle de la Région, qui avait attiré un effectif équivalent.

      Aï’ta : « des services publics bilingues »

L’utilisation de la langue régionale dans la vie publique mais à grande échelle, c’est justement ce que revendique Aï ta, un collectif breton, qui tente d’attirer sur ce point l’attention des institutions et de la SNCF par des actions de désobéissance civile, sans violence. « Fin 2007, on a organisé un die-in dnas les locaux de la Star pour réclamer un affichage et un site internet bilingues », explique Tristan Le Nédélec, 24 ans, ancien membre actif à Rennes. Il salue l’initiative de la Ville qui met en service des livrets de famille bilingues, mais estime que ça ne suffit pas. « Dans une ville qui se revendique capitale de la Bretagne, le breton n’est pas assez considéré. On ne veut plus se sentir ghettoisés. A la Poste, à la SNCF, il faut imaginer des guichets tenus par des employés parlant breton ».

Alain Coquart, conseiller municipal (PC) s’oppose à cette idée. « L’exacerbation de l’identité bretonne a ses limites, surtout dans une ville où historiquement, on ne parlait pas breton. Et puis, comment valider le niveau de breton des fonctionnaires, alors qu’ils sont recrutés par concours ? » s’interroge l’élu. Avant d’émettre un doute sur l’offre de fonctionnaires bretonnants. « Sur trois millions d’habitants, je ne suis pas sûr qu’on ait 10% à maîtriser le breton ».  

     La signalisation bilingue : « pas de systématisme » 

Principale vitrine de la langue bretonne selon la municipalité : la signalisation bilingue. « Mais pas de systématisme » mentionne Ana Sohier. Actuellement, les panneaux bilingues concernent donc les sorties d’agglomération, les axes principaux, les places du centre ville, la station de métro de la gare et le Liberté, ouvert l’an passé. Mais cette initiative n’est pas récente. « Cette politique date des années 80 et s’est faite progressivement depuis » indiquent Vallerie Meriadeg et Catherine Bouroulleg, chargés de mission à l’Observatoire de la langue bretonne.   

 

Place du Parlement, place Sainte-Anne, place de la Marie, boulevard de la Liberté, la ville de Rennes a fait le choix de limiter la signalisation bilingue aux grands axes.

Place du Parlement, place Sainte-Anne, place de la Marie, boulevard de la Liberté, la ville de

 

« Nous n’avons pas d’objectif précis, nous voulons simplement permettre à chacun d’être en contact avec le breton » indique Ana Sohier. Pour Alain Coquart, trop de plaques bilingues serait néfaste. « Dans une ville qui n’a jamais parlé breton, ça reviendrait à imposer des choix aux gens ». Il estime que « de toute façon, ce ne sont pas des plaques de rue qui vont permettre de parler breton ; d’ailleurs la rue de Fougères est bilingue, alors que personne ne parlait breton à Fougères ».     

 « Pas de parité entre les deux langues »

 Si Tristan Le Nédélec travaille désormais dans les Côtes d’Armor, il connaît bien Rennes pour y avoir étudié la géographie. Il déplore, dans cette signalisation, l’absence de parité entre les deux langues. « Il suffit de voir les différences de police de caractère. Parfois, autant ne pas avoir de panneaux en breton ».

 

La gare est la seule station de métro dotée de panneaux en breton.

 

Frank Darcel d’Alliance Citoyenne, émet un souhait un peu différent encore de la signalisation bilingue : « qu’une grande partie des noms des nouvelles rues soient donnés en référence à l’histoire de Bretagne ».

Gwendal Denis, responsable du Master « langue bretonne et culture celtique » à Rennes 2, place lui, le débat bien au delà de la signalétique bilingue, et même des compétences de la ville : «  Il faut rendre le breton officiel, comme au Pays de Galles ».

4) « Permettre à chaque écolier et collégien de l’apprendre »

Reste un autre enjeu : rendre l’apprentissage du breton accessible à tous. Les cours pour adultes progressent chaque année, grâce à l’association Skol en Emsav. Quant aux filières bilingues, « Rennes est la ville bretonne qui accueille le plus d’enfants dans ces classes », souligne l’Observatoire de la Langue Bretonne.

 

Vallerie Meriadeg et Catherine Bouroulleg chargés de mission à l'Observatoire de la Langue Bretonne.

 

Paradoxe : aucune initiation à la langue bretonne n’est dispensée dans les classes primaires « classiques », contrairement aux autres départements bretons. Généralement, c’est le Conseil général qui finance ces dispositifs. « Mais ce n’est pas un axe prioritaire en Ile et Vilaine » indique Ana Sohier. Martial Gabillard, conseiller général chargé de la culture, estime quant à lui « que le plus important est de répondre à la demande parentale de filières bilingues ; chaque chose en son temps ». Alliance Citoyenne, le groupe d’opposition à la municipalité souligne l’importance d’une semaine d’initiation ludique à la langue bretonne en primaire, mais également de modules axés sur l’histoire de la région.

Prochainement, la ville de Rennes devrait franchir le niveau 2 de la charte « Ya d’ar brezhoneg » signée en 2008 et qui valorise sur une échelle de un à quatre les initiatives en faveur de la langue bretonne. Certaines villes comme Carhaix culminent déjà au niveau quatre.

Lénaëlle Simon

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